jeudi 29 novembre 2007

Fraternité

Et voila une petite histoire, ça faisait longtemps...


Las ... seul dans la grande salle ... assis sur son trône, le roi Urain contemplait avec tristesse la carte de son royaume. A l'origine de son chagrin il y avait cette balafre qui divisait ses terres en deux, car elle symbolisait la guerre que se livrait son peuple depuis déjà tant d’années. Mais elle était surtout le reflet de la haine que se vouaient leurs deux chefs, ses propres fils que la nature avait pourtant fait si semblable.

Le roi n’avait jamais réussi à les réconcilier et n’avait jamais pu non plus se résigner à en choisir un au détriment de l’autre. Depuis la mort de leur mère il n’avait eu le coeur de leur refuser quoique ce soit et les années passant, les caprices devinrent de plus en plus durs à satisfaire. Ils avaient finalement exigé d’avoir chacun la part qui leur serait revenu à la mort du roi et ceci dès leur majorité atteinte. Et depuis ce jour, ils ne cessèrent de se battre pour posséder ce que l’autre avait.

Aujourd’hui le roi ne pouvait que pleurer les victimes de cette colère fratricide et de son manque d’autorité. Il décida alors de se retirer sans en avertir quiconque. Deux jours passèrent avant que la cour ne s’inquiétât, officiellement et que des messagers ne soient envoyés pour prévenir les fils du roi. Ils se rendirent au château dès qu’ils apprirent la nouvelle. Deux jours passèrent encore avant que le roi ne réapparaisse dans la salle du trône. On fit venir les princes qui, évidement avaient été séparés durant leur séjour afin d’éviter tout conflit.

« Mes fils ! commença le roi, je me suis retiré afin d’en appeler à la sagesse de nos dieux, ainsi qu’à celle de votre défunte mère pour qu’elle me guide une dernière fois sur la voie à choisir. Durant rois jours je les ai sollicités et priés, mais mes appels sont restés sans réponse. Finalement la nuit dernière lors d’un songe une lumière m’est apparue. Les dieux m’ont alors écouté. Ils vous demandent une trêve. Ils vous demandent aussi d’établir chacun une liste de vos requêtes et de me les remettre. Ensuite je leur porterai et j’attendrai leur jugement et leurs conseils.»Les deux frères interloqués par cette intervention divine au sein de leurs conflits se regardèrent, puis Hagis dit : « Si telle est la volonté des dieux, mon frère, je crois que nous devons la suivre ! Je suis d’accord ! » répondit Artus.

Puis chacun retourna dans son camp et fit venir ses conseillers. Une semaine plus tard, les listes étaient prêtes et chacune transmise au roi.

Alors pour la seconde fois le roi disparu.

Un mois passa durant lequel chaque camp mit à profit de soigner ses blessés, réparer les armes et les fortifications, puis petit à petit reconstruire les villes et villages. Trois mois passèrent encore, et la réhabilitation des voies de circulation permit doucement d’établir quelques liens commerciaux entre les deux camps. Six mois s’écoulèrent tranquillement, et déjà on voyait des deux côtés de la frontière quelques célébrations de mariage entre familles des deux anciens camps. Si les ennemis d’autrefois n’étaient pas encore complètement devenus les amis d’aujourd’hui, on commençait déjà à comprendre que chacun avait suivi les ordres sans pour autant y adhérer totalement.

Un an après sa disparition le roi revint, aussi mystérieusement qu’il avait disparu. Aussitôt les deux fils se ruèrent vers le château et entrèrent ensemble par la grande porte dans la salle du trône. Le roi se leva, visiblement affaibli mais souriant, écartant les bras pour agripper ses fils.

Puis il sortit de sa manche les deux listes qu’il avait conservées et dit : « Fils, voici un an je vous ai demandé de me dresser la liste de vos demandes afin d’y répondre et ainsi offrir à mon royaume la paix qu’il mérite depuis longtemps. Mais voyez que cette paix est déjà installée, voyez comme il aura suffi de mettre de côté vos querelles pour que petit à petit mon royaume prospère et s’unifie. Mes fils, il aura fallu que je sacrifie un an de ma vie à vivre reclus de la société, mais le prix de cette année perdue n’est rien en comparaison du bonheur qui inonde dorénavant mon peuple ! Eliminons maintenant les deux symboles de votre discorde et tirons un trait sur le passé ! »Et toujours souriant le roi commença à déchirer les listes, puis les laissa tomber par terre. Statufiés par l’annonce, les fils ne bougeaient plus et ne parlaient plus. Puis semblant rassembler tous ses esprits pour les formuler en une seule phrase, Hagis dit : « Alors, tu veux dire que les dieux ne vont pas répondre à nos demandes ? Mais fils, tu ne comprends pas qu’il n’y a jamais eu de pacte avec les dieux ? répondit le roi légèrement interloqué. Je n’avais plus que cette solution pour que vous cessiez de vous battre ». Alors Artus fit un pas en avant vers son frère, et les dents serrées il lâcha : « Et toi qui disais qu’il fallait écouter les dieux, tu vas pouvoir les prier maintenant pour que j’épargne le moindre paysan de ton peuple ! » Puis il décocha une droite directement dans le ventre d’Hagis qui s’écroula cherchant son souffle. De rage, il partit précipitamment sans un regard pour son père.

Urain se baissa pour aider son fils à se relever mais celui-ci le repoussa, les larmes aux yeux : « Je vous faisais confiance père ! » Et il sortit à son tour pour retrouver son armée et ses chefs de guerre.

Alors le roi s’assit par terre ... seul dans la grande salle ... las.

vendredi 23 novembre 2007