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lundi 21 avril 2008

Et si on y allait – Eléments Chap II

Et voila après une petite ellipse de deux ans et demie (oui madame) voici la suite de « Eléments » !! Le chapitre 1 se trouve ici, à lire ou relire avant de plonger dans le chapitre 2.

... allez-y j'attends là je bouge pas ...

Nous vous voilà de retour après la lecture ou relecture et donc le chapitre 2 :

Et si on y allait – Eléments II

« De combien de temps disposons-nous avant qu’ils ne débarquent sur cette planète ? s’inquiète Kaï !
- Si nous coupons le lien énergétique, la trace disparaîtra. Mais je ne donne pas plus d’une semaine avant que les Sheer ne la retrouvent ! »

Kaï rassemble ses esprits. Il doit prendre une décision et vite. Autour de lui peu à peu le silence s’est fait. Les musiciens ont cessé de jouer, tous les visages sont tournés vers lui. Tous ne respirent plus qu’au rythme de la vibration produite par la bulle de liaison. Emplissant peu à peu l’espace de la salle elle semble symboliser l’urgence de l’approche des Sheer.
« SOIT ! On ne peut pas les abandonner comme ça, il faut envoyer quelqu’un pour les prévenir. Même s’ils ne disposent pas du don, ils doivent bien avoir un système de défense ? »
Kaï scrute du regard les frères présents dans la salle, espérant que l’un d’eux lui confirmera cette supposition, mais il n’y lit que crainte et interrogation. Il est le maître supérieur, c’est à lui de choisir, il le sait.

« J’y vais ! lâche-t-il.
- MAITRE ! NON ! hurle l’un des frères assis par terre. Puis il se reprend : Enfin je veux dire c’est impossible ! Jusqu’ici nous avons pu maintenir le passage que vous aviez créé, mais sans votre aide nous ne parviendrons pas à faire passer quelqu’un en si peu de temps.
- Tu as raison. Tu as malheureusement raison ! acquiesce-t-il tout en méditant. Allez me chercher le maître guerrier Jinn ! »

L’ordre est à peine passé qu’un des deux gardes se précipite déjà vers la porte. Deux pas d’élan et le voilà qui décolle et lévite en direction de la demeure de maître Jinn.

« Maître ! Mais comment allez-vous faire ? » Une nouvelle fois la curiosité de Nat l’emportait sur la raison. La spontanéité de la question surprit tellement Kaï, que sans réfléchir il prit la peine de répondre comme s’ils étaient en plein exercice pratique. « Vois-tu, en simplifiant un peu, nos deux planètes sont très semblables et au fur et à mesure des siècles elles se sont cherchées en émettant des vibrations. Si tu préfères elles s’appelaient, comme si elles savaient que l’autre existait. Un jour, elles se sont finalement trouvées et ont établi entre elles un lien. C’est ce lien que nous avons cherché et trouvé et qui nous a permis de localiser cette planète sœur. En tout cas c’est la théorie que je soutenais et qui aujourd’hui vient de se vérifier. Ce que nous allons essayer de faire maintenant, c’est d’utiliser ce lien comme une sorte de courant porteur et d’envoyer un être humain à travers l’espace en utilisant les forces des deux planètes. En théorie ça fonctionne ... en théorie ... »

Puis reprenant ses esprits, Kaï fixe son regard vers ses frères. « Bien commençons le rituel d’envoi ! » Il se rapproche de la bulle, ferme les yeux, prend une longue respiration. Les musiciens reprennent leurs instruments et recommencent à battre le rythme, en accélérant petit à petit. Les maîtres penseurs ont aussi d’eux-mêmes repris la même posture et commencent déjà à envoyer les premiers influx d’énergie vers les frères. Doum ... Doum … Doum … les tambours résonnent jusqu’au plus profond des êtres présents dans la salle et compriment les entrailles. Shlack … Shlack … les bâtons s’entrechoquent. Une détonation venant de la bulle et emplissant toute la pièce fait sursauter Nat, et se matérialise en un cercle de poussière expulsé vers les murs de la pièce. Nat se protège les yeux dans sa manche. Lorsqu’il relève la tête, la terre est revenue, immense boule bleue, là devant lui. Elle englobe tout son champ de vision, elle semble l’appeler.

« Recule-toi Nat ! Je vais commencer à ouvrir un passage. » Sans ouvrir les yeux, Kaï écarte doucement Nat et prend sa place au plus près de la sphère. Une douce mélopée se fait alors entendre dans la pièce. Nat pourtant juste à côté de lui a du mal à croire que les sons proviennent seulement de son maître tant l’impression d’immersion est puissante. L’image de la terre vacille doucement et en son centre on commence à apercevoir un point lumineux. Kaï prononce alors une série de sons inintelligibles. Puis il enchaîne quelques passes que lui seul connaît. Le point lumineux quitte le centre de la terre pour s’approcher doucement du bord. Kaï modifie le sens de ses gestes et par résonance le point semble tourner sur lui-même, puis s’étirer et enfin commencer à former un anneau.

Soudainement Kaï s’arrête, ses bras vibrent autant que s’il soulevait une charge monstrueuse, quelques gouttes de sueur perlent doucement sur son front et difficilement il bredouille :
« Nat … Nat, s’il te plait … approche. Le jeune garçon s’avance. Dans mon bureau … à … à ... l’intérieur du petit coffre rouge foncé… tu trouveras une amulette au bout d’une chaine… Tu vois où elle est ?
- Oui maître !
- Apporte-la vite s’il te plait.
- J’y cours !!! »

Aussitôt Nat se rue vers la sortie, attrape la poignée et jette la porte plus qu’il ne l’ouvre. Elle claque en venant heurter le mur, attirant ainsi tous les regards vers lui. Mais Nat ne les voit pas, il ne pense qu’à son objectif et le chemin pour y parvenir, le jardin et au bout le bureau, la porte, le coffre, l’amulette. Imperceptiblement le décor autour de lui se met à défiler de plus en plus vite, le vent lui fouette de plus en plus fort le visage. Il vole, il vole !! Sans s’en rendre compte, il s’est mis de lui-même en lévitation et file à vive allure vers l’officine de son maître. Mais oui !! Il a compris, le mental guide le physique, il lui suffit de se concentrer sur son but pour que son corps réagisse instinctivement et l’assiste dans sa démarche. Cette soudaine prise de conscience lui occasionne un léger déséquilibre, mais il corrige assez rapidement et se refocalise sur le bureau, la porte et il accélère, d’autant qu’il a pris confiance en lui dorénavant. Malgré la gravité de la situation et l’urgence de sa mission, Nat ne peut réprimer un sourire qui vient se fixer sur son visage.

Il arrive enfin dans le couloir qui le mène à la pièce, décélère doucement, ses pieds touchent le sol, deux pas et le voilà devant la porte. Il ouvre, trouve assez rapidement le coffre et effectue une petite passe afin d’ouvrir le cadenas psychique que son maître avait posé et dont il lui avait donné la clé.

L’amulette est là, posée sur un coussin, petite plaque dorée incrustée d’une gemme verte, elle est couverte de signes énigmatiques, une petite chaîne dorée serpente vers le fond du coffret. Nat s’en saisit. Aussitôt une douce chaleur l’envahit, il se sent bien. Il imagine que le pouvoir de ce petit objet doit être bien grand pour l’affecter aussi profondément. Puis il passe la chaîne à son cou et pose la plaque directement sur son torse pour ensuite la protéger par ses vêtements. C’est fou, il sent la plaque vibrer contre sa peau. Il referme le coffre, remet le cadenas et sort de la pièce.

Là, il marque un temps d’arrêt et se concentre. Il pense à la pièce de liaison, les frères, son maître et la bulle. Il s’élance sur quelques pas et le voilà reparti dans les airs. Il traverse le couloir, arrive en trombes dans le jardin. Un immense V de poussières et de feuilles semble le poursuivre. Il hurle aux frères qui sont là de se pousser. Il s’engouffre dans le cloître. Au fond, il voit que la porte est toujours ouverte. Il se concentre encore, pense à son maître, à la bulle et fonce tête baissée vers son but.

Plus il s’approche et plus la bulle occupe ses pensées, immense, merveilleuse. Quel secret peut-elle bien cacher ? Quel monde merveilleux ? Qui sont ses habitants ? Tandis que l’esprit de Nat tente de percer les mystères de la bulle, son corps passe la porte à grande vitesse.
Aurais-je un jour la possibilité d’y aller moi aussi ? Nat prend alors soudainement conscience que la bulle n’est plus dans ses pensées mais devant lui et qu’il n’aura pas le temps de s’arrêter.

Totalement pris dans l’achèvement de la préparation du transfert, Kaï n’a pas senti Nat arriver et n’a pas eu le temps de se retourner. Il perçoit au dernier moment le souffle de la lévitation de Nat au-dessus de lui. Il voit le jeune garçon les yeux et la bouche grands ouverts, hurlant comme un fou, mais aucun son ne sort lorsqu’il passe à travers la bulle, les bras désespérément tendus vers son maître. En une fraction de seconde il voit le corps de son élève rapetisser, s’éloigner. Puis un claquement sec, la terre disparait, plus d’image, plus de vibration, le seul bruit que l’on entend est celui de la poussière qui retombe par terre.

Dans un murmure à peine audible, Kaï laisse échapper « Nat … Non … », avant de s’écrouler sur le sol.


Générique de fin
free music


Rendez-vous en octobre 2010 pour le chapitre 3 !!!

jeudi 29 novembre 2007

Fraternité

Et voila une petite histoire, ça faisait longtemps...


Las ... seul dans la grande salle ... assis sur son trône, le roi Urain contemplait avec tristesse la carte de son royaume. A l'origine de son chagrin il y avait cette balafre qui divisait ses terres en deux, car elle symbolisait la guerre que se livrait son peuple depuis déjà tant d’années. Mais elle était surtout le reflet de la haine que se vouaient leurs deux chefs, ses propres fils que la nature avait pourtant fait si semblable.

Le roi n’avait jamais réussi à les réconcilier et n’avait jamais pu non plus se résigner à en choisir un au détriment de l’autre. Depuis la mort de leur mère il n’avait eu le coeur de leur refuser quoique ce soit et les années passant, les caprices devinrent de plus en plus durs à satisfaire. Ils avaient finalement exigé d’avoir chacun la part qui leur serait revenu à la mort du roi et ceci dès leur majorité atteinte. Et depuis ce jour, ils ne cessèrent de se battre pour posséder ce que l’autre avait.

Aujourd’hui le roi ne pouvait que pleurer les victimes de cette colère fratricide et de son manque d’autorité. Il décida alors de se retirer sans en avertir quiconque. Deux jours passèrent avant que la cour ne s’inquiétât, officiellement et que des messagers ne soient envoyés pour prévenir les fils du roi. Ils se rendirent au château dès qu’ils apprirent la nouvelle. Deux jours passèrent encore avant que le roi ne réapparaisse dans la salle du trône. On fit venir les princes qui, évidement avaient été séparés durant leur séjour afin d’éviter tout conflit.

« Mes fils ! commença le roi, je me suis retiré afin d’en appeler à la sagesse de nos dieux, ainsi qu’à celle de votre défunte mère pour qu’elle me guide une dernière fois sur la voie à choisir. Durant rois jours je les ai sollicités et priés, mais mes appels sont restés sans réponse. Finalement la nuit dernière lors d’un songe une lumière m’est apparue. Les dieux m’ont alors écouté. Ils vous demandent une trêve. Ils vous demandent aussi d’établir chacun une liste de vos requêtes et de me les remettre. Ensuite je leur porterai et j’attendrai leur jugement et leurs conseils.»Les deux frères interloqués par cette intervention divine au sein de leurs conflits se regardèrent, puis Hagis dit : « Si telle est la volonté des dieux, mon frère, je crois que nous devons la suivre ! Je suis d’accord ! » répondit Artus.

Puis chacun retourna dans son camp et fit venir ses conseillers. Une semaine plus tard, les listes étaient prêtes et chacune transmise au roi.

Alors pour la seconde fois le roi disparu.

Un mois passa durant lequel chaque camp mit à profit de soigner ses blessés, réparer les armes et les fortifications, puis petit à petit reconstruire les villes et villages. Trois mois passèrent encore, et la réhabilitation des voies de circulation permit doucement d’établir quelques liens commerciaux entre les deux camps. Six mois s’écoulèrent tranquillement, et déjà on voyait des deux côtés de la frontière quelques célébrations de mariage entre familles des deux anciens camps. Si les ennemis d’autrefois n’étaient pas encore complètement devenus les amis d’aujourd’hui, on commençait déjà à comprendre que chacun avait suivi les ordres sans pour autant y adhérer totalement.

Un an après sa disparition le roi revint, aussi mystérieusement qu’il avait disparu. Aussitôt les deux fils se ruèrent vers le château et entrèrent ensemble par la grande porte dans la salle du trône. Le roi se leva, visiblement affaibli mais souriant, écartant les bras pour agripper ses fils.

Puis il sortit de sa manche les deux listes qu’il avait conservées et dit : « Fils, voici un an je vous ai demandé de me dresser la liste de vos demandes afin d’y répondre et ainsi offrir à mon royaume la paix qu’il mérite depuis longtemps. Mais voyez que cette paix est déjà installée, voyez comme il aura suffi de mettre de côté vos querelles pour que petit à petit mon royaume prospère et s’unifie. Mes fils, il aura fallu que je sacrifie un an de ma vie à vivre reclus de la société, mais le prix de cette année perdue n’est rien en comparaison du bonheur qui inonde dorénavant mon peuple ! Eliminons maintenant les deux symboles de votre discorde et tirons un trait sur le passé ! »Et toujours souriant le roi commença à déchirer les listes, puis les laissa tomber par terre. Statufiés par l’annonce, les fils ne bougeaient plus et ne parlaient plus. Puis semblant rassembler tous ses esprits pour les formuler en une seule phrase, Hagis dit : « Alors, tu veux dire que les dieux ne vont pas répondre à nos demandes ? Mais fils, tu ne comprends pas qu’il n’y a jamais eu de pacte avec les dieux ? répondit le roi légèrement interloqué. Je n’avais plus que cette solution pour que vous cessiez de vous battre ». Alors Artus fit un pas en avant vers son frère, et les dents serrées il lâcha : « Et toi qui disais qu’il fallait écouter les dieux, tu vas pouvoir les prier maintenant pour que j’épargne le moindre paysan de ton peuple ! » Puis il décocha une droite directement dans le ventre d’Hagis qui s’écroula cherchant son souffle. De rage, il partit précipitamment sans un regard pour son père.

Urain se baissa pour aider son fils à se relever mais celui-ci le repoussa, les larmes aux yeux : « Je vous faisais confiance père ! » Et il sortit à son tour pour retrouver son armée et ses chefs de guerre.

Alors le roi s’assit par terre ... seul dans la grande salle ... las.

mercredi 1 mars 2006

2520 - Récit I

Issues de la grande guerre de 2376, les nations unifiées rassemblent l’ensemble des pays rescapés. 2415, l’essor technologique entrepris lors de la guerre aboutit sur les premiers voyages intergalactiques. 2518, les hommes ont colonisé l’espace à la recherche de nouvelles ressources à exploiter.

Base spatiale USC TARK-ONE, 5h15 (heure universelle).
« … CHEN !!! », la voix robotisée du haut parleur le réveilla en sursaut. Tran-Hong Chen, 27 ans, jeune recrue du corps militaire universel, émergeait péniblement de sa trop courte nuit de sommeil et la seule image qu’il gardait de ses rêves était celle d’un canon de plaster vissé sous son menton. « Sergent Chen ! Vous êtes demandé sur le pont 7 », répéta le haut parleur.

Un rapide coup d’œil circulaire à sa chambre lui permit de se remémorer les derniers événements de sa jeune vie. Cinq jours plus tôt, il se faisait copieusement engueuler dans le bureau de son instructeur pour avoir désobéi aux ordres et dégradé du matériel appartenant au ministère de l’armée. Il avait pourtant trouvé ça plutôt amusant d’emprunter le tout dernier modèle de speedcycle pour emmener cette jeune et charmante infirmière en pique nique. Etait-ce de sa faute s’ils étaient tombés sur une bande de bikers qui l’avait défié à la course ? Après tout, l’honneur de l’armée était en jeu ! Non ? Mais il ne savait pas que le supposé dernier modèle de speedcycle était en fait le tout dernier prototype et que certaines fonctionnalités n’avaient pas encore été testées, comme par exemple le freinage d’urgence ! Le speedcycle dans un mur et l’infirmière sur la selle d’un des bikers avaient fini de l’humilier. En plus du gel de sa solde pour le remboursement des dégâts, il avait écopé d’une peine de travaux d’intérêts généraux sur la base spatiale du secteur 54.

Et c’était précisément là qu’il s’était retrouvé, en plein secteur 54. S’il existait un point dans l’univers où les jeunes recrues pouvaient trouver débauche, aventures et actions il était très certainement situé à l’opposé du secteur 54. Ce secteur regroupait en effet la grande majorité des planètes d’élevage. Et même si les fermiers de l’espace ne dédaignaient pas la fête et les boissons fortement alcoolisées, ils avaient la mauvaise habitude de se lever et de se coucher très tôt. Après trois jours de vol plutôt monotone, il avait enfin atteint la base TARK-ONE, un immense cube gris flottant dans l’espace, dont la massivité n’avait d’égale que son austérité. Cette caractéristique semblait d’ailleurs avoir déteint sur le moral de l’ensemble de ces occupants. On l’avait tout de suite conduit dans ses quartiers. L’éventail des attractions possibles n’étant pas très étendu ni très palpitant, entre autres le musée de la station et sa boutique. Il avait préféré se coucher et attendre de longues heures qu’on l’appelle ou que le sommeil le prenne…

- Et voilà, j’ai réussi à me perdre ! constatait-il enfin, après avoir déambulé pendant une demi heure dans le dédale de couloirs et d’escaliers du quartier militaire.
- Eh vous là ! cria une voix derrière lui.
- Oui ? répondit-il en se retournant, tombant nez à nez avec un soldat quelque peu énervé.
- Ça fait vingt minutes que je vous cherche ! C’est une très mauvaise idée de faire attendre le lieutenant Millord !
- Mais je …
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que le soldat le poussait déjà vers un couloir et l’embarquait dans un élévateur. « Ok, je sens que je vais me faire plein de copains moi ici ! » songea-t-il, tout en décochant un sourire forcé au garde. L’élévateur se stabilisa après une montée d’une centaine d’étages qui ne dura qu’une dizaine de secondes. Grâce aux miracles de la technologie ses occupants ne s’étaient pas retrouvés aplatis comme des crêpes. Les portes s’ouvrirent sur un hangar comme Chen n’en avait encore jamais vu. On pouvait aisément y faire tenir son ancienne école, terrain de sport compris, la maison de ses parents et d’ailleurs tout le voisinage. Des vaisseaux de toutes sortes étaient alignés, entourés de techniciens s’affairant comme de véritables fourmis sur un morceau de sucre. Lorsqu’il leva les yeux et constata qu’il ne distinguait même pas le plafond du hangar, il tenta de cacher son étonnement de peur de passer pour le bleu de service. Un « C’est par là ! » ferme et une tape dans le dos le ramenèrent à la réalité. Les deux hommes montèrent à bord d’un véhicule et filèrent entre les pieds massifs des vaisseaux.

Ils rejoignirent rapidement un petit groupe mêlant militaires et fermiers :
- Lieutenant Millord ? Voici le sergent Chen, lâcha le garde.
- Ah ! Voici enfin l’homme à la moto ! On m’avait pourtant dit que vous étiez plutôt rapide d’habitude, voire un peu trop, se moqua le gradé.
Le lieutenant Millord avait forgé sa carrière à la force du poing et les mâchoires de ses ennemis s’en souvenaient encore. Il était donc de bon ton de rire de la plupart de ses blagues au risque de ne plus pouvoir rire du tout. Le petit groupe s’empressa donc d’enchaîner sur un rire franc à la grande surprise de Chen qui décocha tout de même un léger sourire. Le lieutenant reprit :
- Comme monsieur s’est fait attendre je n’ai plus le temps de lui expliquer la mission, vous en prendrez donc connaissance avec votre coéquipier de la journée, le fermier Francis Ericson.

Un homme brun, la trentaine, très légèrement enrobé, fit un pas en avant et tendit la main vers Chen, en arborant un large sourire. « Enfin une tête amicale », se dit Chen.
- Mon module est stationné un peu plus loin, tu viens ?
- Oui.
- Euh … on se tutoie ça te va ?
- Ok.
- Houlà ! Un bavard, ajouta-t-il.
Puis voyant la moue de Chen dit : « Je rigole ! »

Les deux compagnons montèrent à bord d’un petit vaisseau qui, bien qu’ayant pas mal vécu, semblait bien entretenu.
- Missie, Chen ! Chen, Missie ! dit Francis en entrant.
- Enchanté Missie, lança poliment Chen, sans trop savoir où regarder.
- Moi de même, répondit une voix synthétisée à travers les parois.
- Elle a l’expérience d’un aigle millénaire et l’agilité d’un faucon, déclara fièrement Francis. Installe-toi là ! Il lui désigna un siège en cabine de pilotage.

Francis s’assit à son tour et appuya sur le tableau de bord, déclenchant simultanément l’allumage des moteurs, la fermeture de la porte et le repli des trains d’atterrissage. Zigzaguant entre les autres vaisseaux, il fonça alors vers la porte interne du sas de sortie le plus proche. Celle-ci était sur le point de se fermer et sachant que la prochaine ouverture le retarderait d’au moins une heure, il murmura : « Ça peut le faire, ça peut le faire ... », puis accéléra, toutes manettes en avant : « …ça va le faire, ça va le faire ... » et rasant la porte du sas s’exclama : « …ça l’a fait ! ». Chen s’enfonça un peu plus dans son fauteuil et revérifia son harnais, ce qui fit sourire Francis.
Un bruit sourd indiqua que la porte interne était verrouillée. L’air fut expulsé vers l’espace et le sas hermétiquement fermé. Une quinzaine de vaisseaux attendaient là. Chaque pilote effectuait les dernières vérifications d’usage. Leur faisant face, la lourde porte donnant vers l’extérieur s’ouvrit petit à petit, laissant l’obscurité de l’espace absorber les quelques traces lumineuses du sas. Sans attendre, Francis accéléra et s’engouffra dans le passage, passant devant tous les vaisseaux en attente. A peine sorti, il évita de justesse un cargo de fret qui tentait de rentrer.
- Mais il est fou lui, priorité aux vaisseaux sortants ! hurla-t-il.
Il ne put empêcher son engin de venir heurter le bord de la station. Le choc émit un bruit sourd à l’intérieur du vaisseau.
- Ça va unité 512 ? Pas trop de casse ? s’inquiéta l’un des contrôleurs de vol.
- Non c’est bon, répondit Francis en regardant ses écrans d’un œil inquiet. Le côté droit a mangé un peu, on va devoir forcer pour ouvrir la porte, mais rien d’irréparable. En tout cas pas autant que la tronche du pilote de ce cargo s’il passe devant moi tout à l’heure.
- On a relevé son numéro au cas où, unité 512. Bon voyage Francis. Fin de communication.
- Bon, là j’ai besoin de me détendre. Tu connais le rock’n’roll ? Chen pivota la tête de droite à gauche. Non ? C’est un courant musical d’autrefois. Rien de tel pour te remettre d’aplomb, laissons Robert et Jimmy t’en convaincre.
Francis posa un data-stick sur sa console, appuya sur lecture, mit les gaz et le vaisseau fila dans l’espace où la voix de Robert résonna : « Hey, hey, mama, said the way you move Gonna make you sweat, gonna make you groove …oove …oove …oove. »

Francis régla son siège sur une position plus confortable et posa ses pieds sur le tableau de bord face à lui.
- Ok ! Missie connaît le chemin. On va pouvoir faire un point sur la mission.
Imitant la voix d’une hôtesse, il déclara en battant des cils : « Le capitaine vous informe que nous sommes actuellement en direction de Plaag-29, nos conditions de vol sont optimums et nous devrions atterrir d’ici vingt minutes. »
Devant les mimiques affriolantes de son camarade, Chen ne put s’empêcher de sourire.
- « Ah ! Tu vois quand tu veux. C’est quand même plus agréable. Francis reprit son sérieux. La mission n’est pas compliquée. Une fois sur place, moi je m’occupe du transporteur de cuves, qui contient comme son nom l’indique des cuves vides destinées à contenir du miel. Toi, tu prends le plaster là - il désigna un fusil assez massif relié à un pack de batteries par un cordon, le tout posé contre un mur - et tu me suis vers le nid, on récolte le miel des shrilks, on revient au vaisseau et on rentre à la maison prendre une bonne bière, une vraie petite balade de santé. Capice ? Il regarda Chen avec un sourire au coin de l’œil.
- Euh oui … la cuve je comprends, mais le fusil c’est pour quoi ?
- Oh ça ! Simple précaution administrative d’un bureaucrate un peu trop frileux qui n’a jamais mis les pieds sur le terrain, marmonna Francis. Je sais pas, ils ont peut-être peur des contrebandiers ou autres choses. Mais ne t’en fais pas le miel de shrilk n’est pas un produit de luxe et puis ils ne t’auraient pas mis sur une mission dangereuse pour une première fois, pas vrai ? »
Il cala ses deux mains sur les épaules de Chen comme si ce geste devait finir de mettre le jeune soldat en confiance. La voix synthétique de Missie coupa le silence : « Atterrissage dans cinq minutes votre seigneurie ! »
« Oups … Euh, oui j’ai un peu bidouillé le programme d’interface vocale », gêné, Francis se gratta la tête, mais le sourire complice de Chen le rassura.

Plaag-29 était un désert de sable jusqu’à ce que les hommes décident d’y implanter une colonie de shrilks, une espèce insectoïde découverte lors de voyages coloniaux. Ils recréèrent entièrement un environnement artificiel parfait, qui en cinquante ans d’existence avait trouvé son équilibre : les hommes entretenaient les plantations, les shrilks mangeaient les plantations, les shrilks produisaient du miel, les hommes vendaient le miel.
- Il n’y a jamais eu de base implantée directement sur Plaag ? demanda Chen.
- Si, au début ! Et puis elle a été jugée économiquement instable, alors les fermiers sont partis. Francis redressa son siège et entama la procédure d’approche.

Le souffle des moteurs balaya le sol et sous les volutes de sable apparaissaient des dalles en béton. Francis sortit les trains d’atterrissage, stabilisa son appareil et coupa les gaz.
- L’air est respirable ici, tu vas juste forcer un peu plus que d’habitude pour respirer. Nous avons atterri sur l’ancien port à quelques centaines de mètres de la base. La première ruche se situe à une dizaine de minutes de marche. Je vais t’aider à enfiler ton plaster.
Francis attrapa le pack à terre et le posa sur le dos de Chen qui accrocha les fixations. Le poids de l’arme le tira vers l’arrière lorsque Francis lâcha de son côté. Ils avancèrent tous les deux vers la porte. Francis eut beau appuyer sur le bouton, le système automatique refusa de fonctionner. Il fit alors glisser une trappe et tourna un levier, la porte s’entrouvrit de quelques centimètres. Les deux hommes passèrent les mains à travers la fente de lumière et poussèrent pour ouvrir complètement l’accès.
- Le système est foutu, c’est plus grave que je ne le pensais, s’inquiéta Francis.

Le nuage de sable commençait à retomber et Chen put enfin admirer le paysage : d’un côté le désert, de l’autre les ruines de l’ancienne base.
- Des dunes … du sable … des dunes … du sable … et là-bas on dirait bien, mais oui ! une dune de sable ! ironisa Francis. Tu vois rien de bien folichon, la ruche est située - il consulta l’ordinateur embarqué du chariot, puis pointa du doigt une direction - par là !

Les deux hommes suivirent confiant le petit chariot satellito-guidé sous un soleil imperturbable.
« TUM, TUM », deux coups sourds résonnèrent dans le sol.
- C’est quoi ça ? stoppa Chen, l’arme à la main.
- C’est les battements de son cœur.
- Son quoi ? s’exclama Chen. De qui ?
- Le cœur de la reine des shrilks, plus on va approcher et plus tu vas l’entendre. Elle est immense et enfouie à des centaines de mètres sous terre. Son cœur rythme la vie des shrilks. Francis regarda Chen en souriant et reprit son chemin. Chen le suivit après un léger instant d’hésitation.
« TUM, TUM », deux coups plus fort, au point que Chen crut sentir l’écho de son propre cœur. Le chariot s’arrêta devant l’imposante entrée d’une grotte taillée à la base d’une dune.
- A quoi faut-il s’attendre là-dedans, interrogea Chen.
- A pas grand chose tu sais, elles auront peur de toi, c’est même pas dit qu’on en voit une.
Les deux hommes s’engouffrèrent dans l’ouverture tout en discutant. De part et d’autre du tunnel, des sifflements et des crissements se firent entendre. Chen serra son arme contre lui. Une odeur indéfinissable émanait des profondeurs.
« TUM, TUM », ces deux coups là firent vibrer les murs de la galerie. Les cuves du transporteur tremblèrent et Chen chancela. Francis l’aida à se relever.
- Et, ça ressemble à quoi, un shrilk ?
- UNE shrilk! Ah, je vois qu’en plus d’être un excellent motard, monsieur est fin biologiste !
- Ah, ah, très drôle.
- Alors imagine le croisement démoniaque d’une fourmi et d’une mante religieuse, mais de deux mètres de haut. Carapacée à mort, elles ont sur les avant bras des sortes de lames naturelles qui te couperaient en deux sans problème.
- Pourquoi ont-elles tant de protections, si elles sont inoffensives ?
Le fermier arrêta son pas et marqua une pause.
- En fait, j’ai un peu adouci leur portrait tout à l’heure! avoua Francis un peu gêné. Mais c’était pour ne pas t’effrayer plus que tu ne l’étais.
- QUOI ?
- Elles ne sont pas agressives avec l’homme. Mais le jour où la reine meurt, elles deviennent folles. Elles tuent les plus faibles et s’allient avec les plus forts. Nous sommes plus faibles et nous sommes bien incapables de communiquer avec elles, difficile dans ce cas de négocier sa peau. C’est pourquoi il n’y a plus de résidents ici. C’est arrivé une fois et malheureusement les systèmes de défense de la base ont lâché, ça a été un carnage … après ça plus personne n’a voulu s’y réinstaller. Maintenant on arrive à estimer précisément l’espérance de vie des reines, ça permet de planifier les missions et c’est pour ça que je te répète qu’il n’y a aucun danger. Ecoute ce joli métronome naturel, conclut Francis en pointant du doigt le sol de la galerie.
« TUM », un coup sec frappa l’air en guise de réponse.
- Y’a eu qu’un coup là !
- Comment ça qu’un coup ? demanda Francis plus pour se convaincre du contraire que pour connaître la réponse.
- Ça a fait tum et pas tumtum. Y’a eu qu’un coup ! répéta Chen affolé.
- Qu’un tum ?!?… Nom d’un blorg ! Cours Chen ! Cours !
Et tandis que le chariot poursuivait vaillamment son chemin vers les profondeurs de la ruche, les deux hommes se ruaient dans la direction opposée aussi vite que leur permettaient leurs jambes.
Petit à petit, les shrilks sentaient l’instinct guerrier remonter en elles et l’emporter sur les préoccupations quotidiennes. Elles laissèrent en plan leurs travaux et les plus proches se jetaient déjà les unes sur les autres. Ces premiers combats entre shrilks donnèrent un peu de temps aux deux compagnons pour sortir de la ruche. Dehors les battements de cœur avaient laissé place aux sifflements venant de toutes parts. En pleine course, Francis actionna une balise située sur son poignet. A quelques kilomètres de là, le pilote automatique du vaisseau se mit en marche. Il décolla et partit à la recherche de son pilote. Chen concentrait une partie de ses efforts à se remémorer le chemin de la base, mais Francis l’entraîna vers une dune pour prendre de la hauteur. Alors qu’ils progressaient péniblement et qu’ils arrivaient à une dizaine de pas du sommet, un cri plus fort que les autres, suivi d’une tête monstrueuse, émergea de l’horizon.
- Baisse toi ! hurla Chen tirant une décharge bleutée droit sur la bête. Touchée en pleine tête, elle s’effondra et alla rouler en bas de la dune, ce qui eut pour effet de regonfler légèrement le moral de Chen. Le sentiment d’impuissance qui l’envahissait depuis quelques jours disparut ; on était enfin sur son terrain.

Il rejoignit Francis en haut de la colline et contempla ce qui avait réussi à museler son compagnon si prolixe d’habitude. En bas de l’autre versant de la colline, des centaines de shrilks sortaient du sable, s’affrontaient, se découpaient et s’éventraient sans répit. Celles qui essayaient de s’enfuir étaient immédiatement rattrapées et mutilées. Certaines d’entre elles frottaient leurs avant bras à l’approche des plus grosses. On aurait pu jurer qu’elles imploraient leur clémence mais il s’agissait plutôt de signes de ralliement. Peu à peu les clans se formaient, s’identifiant et se répartissant en fonction de la fréquence des frottements. Chen et Francis, malgré le danger environnant, étaient littéralement absorbés par ce spectacle. Les mêmes individus qui, il n’y avait pas un quart d’heure, travaillaient ensemble en complète harmonie pour le bien de chacun, étaient en train de s’entretuer, de former des troupes et même d’élaborer des stratégies militaires. Chen en était convaincu, certains mouvements étaient trop parfaits, trop payants, pour être le fruit du hasard. En bon fermier, Francis lui ni voyait qu’un grand gâchis. De bonnes ouvrières allaient périr dans ces combats et il faudrait encore attendre deux mois avant que la ruche ne revienne à un bon niveau.

Des sifflements les ramenèrent à la réalité. Une petite troupe les avait rapidement encerclés. Chen allait tirer sur la plus proche lorsqu’une vague de sable jaillit entre lui et la bête. Les deux hommes levèrent la tête et furent ravis de voir Missie.

Le vaisseau effectuait des cercles autour de Chen et Francis afin de repousser les shrilks. Puis arrivant enfin à se poser, il déclencha en vain l’ouverture automatique de la porte. Une voix sortit des bracelets de Chen et Francis :
- La porte s’est de nouveau bloquée lors du décollage. Il faut l’ouvrir de l’extérieur !
- Ok j’essaye. Francis se précipita sur la porte et tenta de l’ouvrir mais rien n’y faisait. Viens m’aider Chen !
- Je peux pas ! Je dois les tenir à distance. Et ce faisant, il arrosa de décharges énergétiques le parterre de shrilks qui se ruaient sur eux.
- Je n’y arriverais pas sans toi.
Chen rengaina son plaster et vint au secours de Francis. Les deux hommes tiraient et poussaient dans tous les sens mais rien ne bougeait : « On y arrivera jaaaaaa……… » Mais Francis ne put finir sa phrase. Une shrilk venait de lui coincer la jambe et le tirait vers elle. Elle le souleva jusqu'à ce qui semblait être sa tête, le jaugea et ne lui trouvant aucun intérêt l’envoya valser au dessus d’elle et du petit groupe qui la suivait.
Chen n’avait pas eu le temps de réagir, la vision d’horreur de son ami trainé par la bête lui restait en tête. Il avait l’impression que le temps ralentissait, plus aucun son ne lui parvenait, il était dorénavant seul. Seul sur une planète inconnue entourée de bestioles plutôt énervées. Puis petit à petit, une sorte de grésillement lui arriva aux oreilles. Non, pas un grésillement plutôt une voix dissonante. Mais que pouvait bien lui dire cette voix ? Quelle importance cela pouvait avoir de toute façon ? « …rgent ..en ..vons..tir ». La voix répétait inlassablement ces mots, et puis un cri inhumain déchirant l’air et la torpeur de Chen. Violemment le temps reprit son cours : « Sergent nous devons partir ! » Cette fois il avait distinctement compris l’ordre de Missie. Tournant la tête il identifia la source du cri. Une énorme shrilk se tenait devant lui. Elle semblait défier le vaisseau et attendait une réaction de sa part. Elle avait confondu la coque du vaisseau avec la carapace d’une de ses congénère. « Cramponnez-vous ! » ordonna Missie et des poignées sortirent des côtés du vaisseau. Chen s’agrippa de toutes ses forces et Missie commença à décoller. Elle avait à peine quitter le sol que la shrilk lui sauta dessus découpant la carcasse avec une facilité alarmante. Tous les niveaux d’alerte de Missie étaient au rouge : « Mes réserves d’énergie sont touchées, je vais essayer de me poser vers la base. » Malgré les mouvements chaotiques qu’effectuait Missie, Chen essaya d’escalader la paroi. Une fois en position, il sorti son plaster, visa la shrilk déjà à moitié entrée dans le cockpit et fit feu.

La shrilk fut sectionnée en deux, ses pattes arrières continuèrent de gesticuler alors qu’elles retombaient sur le sol. Là, les shrilks se jetèrent sur les restes et se les disputèrent comme si la force de la défunte allait les envahir.

Epuisant ses dernières ressources Missie tenta de rejoindre la base. Enfin les bâtiments étaient à vue, mais elle perdait de plus en plus d’altitude. Une voix faible et trainante sortie du bracelet de Chen pour doucement dire : « … fin du du voya-age … dééésolée er-gent Chen … bonne chan……… ». Puis elle s’écrasa sur l’astroport où il y avait à peine une heure elle s’était posée gracieusement.

Chen fut propulsé du toit et par chance atterrit sur une dune qui amortit sa chute. Les sifflements des shrilks se faisaient déjà entendre autour de lui. Il courut vers la demeure la plus proche et à l’aide d’une barre métallique tenta de s’y enfermer. Elles s’approchaient, elles sifflaient, crachaient. Il les entendait démolir les portes, saccager les restes des habitations. Leur rage avait décuplé depuis la mort de la reine et si elles le trouvaient elles le déchiquetteraient. Il le savait.

Il ne restait qu’une seule charge dans le pack du plaster. Elles étaient là. La porte tint bon aux premiers chocs, mais pour combien de temps encore ? Chen respira profondément et posa le canon de son arme sous son menton : « Je préfère décider la façon dont tout ça va se terminer », le froid de l’acier sur sa peau lui sembla familier. Lentement le doigt pressait la gâchette : « VLAM ! » La porte explosa suivie de la tête d’une shrilk qui roula jusqu’au pied de Chen. L’équipe de sauvetage rentra dans la pièce, attrapa Chen et l’escorta jusqu'à la sortie. Dehors, une vingtaine de soldats délimitaient un périmètre de sécurité en tirant sur les shrilks qui s’approchaient ; au centre trois vaisseaux attendaient. Chen fut conduit à bord de l’un d’eux, se posa contre la paroi et essaya de retrouver son calme. La porte se ferma. Tandis que le vaisseau décollait, Chen repensa à son coéquipier, il n’avait rien put faire, tout avait été si vite.

« Alors pas si tranquille que ça la vie de fermier hein ? », la voix de Francis tonna dans le sas, Chen se retourna et se précipita sur son compagnon d’infortune. « Houlà doucement ! J’ai eu moins de chance que toi ». Chen remarqua en effet les bandes et le thermo-plâtre autour de la jambe de Francis. « Ces saloperies m’ont balancées dans une ancienne cuve de traitement des eaux, ça m’a cassé la jambe mais du coup j’étais protégé comme un p’tit z’oiseau dans son nid. » Et le voilà parti à battre des ailes en sifflotant à travers le vaisseau sous le rire des soldats et de Chen.

Chen approcha du hublot et regarda en bas les volutes de sable voilant l’atmosphère, témoins du carnage qui se déroulait encore en bas. « Les gars m’ont raconté ce que tu allais faire en bas, dit une voix derrière lui. T’en fais pas, ils ne diront rien. Tu auras ta revanche, je te promets qu’on reviendra. Je le dois à Missie. »

jeudi 6 octobre 2005

Ils sont perdus – Eléments chap I

Ils sont perdus – Eléments I

« Maître, maître, on a une image !!! » hurle le jeune garçon de seize ans tout en courant et sautillant à travers la demeure de son maître.
Nat était rentré aux services des maîtres de l’air à l’âge de dix ans. Contrairement à ses petits camarades qu’une famille attendait en fin de semaine, il avait vécu ces six années sans jamais quitter l’école. La communauté était devenue sa famille et son maître un père de substitution.
« Maître, elle est bleue comme vous l’aviez annoncé ! hurle-t-il encore alors qu’il est à moins d’un pas de son maître.
- Calme-toi je t’en prie, répond Kaï conservant, sans altération, un état de lévitation parfait à un mètre du sol. Puis, à mesure que ses paupières s’ouvrent, son corps regagne le plancher. Allons donc admirer cette trouvaille ! »

Kaï se relève, doucement, gracieusement, sans montrer le moindre effort, son corps entier semble soutenu par une force invisible. Une fois debout, les pans de sa tunique rouge se replacent d’eux-mêmes, ses pieds semblent à peine effleurer le sol, il se dirige sans un seul bruit vers le couloir. Nat, subjugué par la maîtrise de cet homme, reste un bref instant sans réaction, puis se remémorant tous les enseignements qu’il a appris tente une légère lévitation et un déplacement. Bien qu’à l’inverse de son maître il montre des signes évidents de concentration et d’efforts, il est plutôt satisfait du résultat et s’élance, un peu trop rapidement, à la poursuite de Kaï, évitant dans l’ordre la porte, un frère, un escalier et emporté par son élan, Kaï lui-même.

Kaï tend le bras vers Nat et stoppe net le garçon avant que celui-ci ne passe par-dessus la rambarde surplombant la falaise.
« Tu as fait des progrès mais travaille encore le contrôle avant de prendre de la vitesse.
- Oui maître, répond Nat le corps à moitié suspendu dans le vide. »

Kaï et Nat descendent les quelques marches qui conduisent au magnifique jardin du monastère. Ils le traversent, saluant les frères en charge de l’entretien et pénètrent dans le préau des parties communes. Ca et là, de jeunes apprentis travaillent leurs dons en faisant léviter des petits objets ou en créant des mini tornades de poussière. Dans un coin deux adolescents s’amusent à faire combattre deux pantins. Kaï s’arrête et regarde les deux jeunes tournant autour du cercle de combat, allant jusqu'à mimer les postures des deux marionnettes afin de mieux visualiser et contrôler les forces aériennes entourant les combattants. Un coup fracassant porté par l’un des deux jeunes pulvérise le tronc de la marionnette adverse et l’envoie contre un mur. Sous le choc, l’élève battu tombe à terre, son adversaire le relève et le félicite. Les deux jeunes en sueurs se serrent la main en souriant et se retournent vers le petit groupe qui les observe, et remarquent enfin la présence de Kaï qu’ils saluent respectueusement.
« Bravo, les félicite-t-il, vraiment impressionnant !
- Merci maître, répondent-ils en chœur un large sourire sur le visage.
- Maître, ils vous attendent interrompt Nat, indiquant une porte un peu plus loin. »

Lorsque Kaï et Nat entrent dans la pièce, deux frères s’approchent d’eux. Kaï s’avance et son visage apparaissant dans la lumière ambiante rassure les deux gardes. Au centre de la pièce, dix frères sont disposés en cercle, tous en pleine concentration. Sur le côté, deux autres chantent une douce mélopée apaisante. Au milieu du cercle une immense boule transparente aux reflets bleutés lévite en ondulant légèrement. Kaï et Nat s’approchent lentement et regardent à travers la boule.
« Trois ans, murmure Kaï, trois ans que nous cherchons un signe, une trace, une étincelle de vie dans l’immensité de l’univers. Trois ans que nous cherchons nos semblables, nos frères. Trois ans que nous nous relayons autour de cette brèche et aujourd’hui une réponse. Nat va chercher du renfort s’il te plait. »
Sans hésitation Nat court, passe la porte et se rue sous le préau ; un seul objectif, le quartier des maîtres penseurs. Facilement reconnaissables à leurs tuniques violettes, les maîtres penseurs excellent dans l’art de la concentration, ils arrivent à capter l’énergie ambiante pour l’insuffler dans leurs camarades décuplant ainsi leurs forces. Nat s’apprête à frapper à la porte lorsque celle-ci s’ouvre déjà.
« Nous t’avons senti approcher. Qu’y a-t-il ?
- Maître Kaï a besoin de vous dans la salle de liaison, ils ont…
Mais quinze frères sont déjà partis, leur maîtrise de la lévitation est telle que l’on a l‘impression qu’ils se téléportent lorsqu’ils se déplacent rapidement.
- Je te conseille de vite les rejoindre si tu ne veux pas louper quelque chose, propose celui qui avait ouvert la porte en souriant.
- Ah … oui … d’accord, balbutie Nat, tout en cherchant la fin de sa phrase précédente. »

Lorsqu’il arrive finalement dans la salle de liaison, les maîtres penseurs ont déjà formé un deuxième cercle autour du premier. Le chant s’est accéléré, les chanteurs y ajoutent quelques percussions. La transe des maîtres s’intensifie.

Kaï est rivé devant la sphère, la fixant en son centre avec insistance. Nat scrute le regard de son maître, il croit y lire de l’excitation mais aussi, et ça il ne l’avait jamais vu, de la crainte. Puis il regarde aussi dans la sphère.
La petite balle bleue, qu’il avait vue tout à l’heure, a maintenant grandi, elle occupe pratiquement la moitié de la sphère de vision, en plus des océans on voit se dessiner des côtes, des mers, des forêts, des déserts. Sur l’ordre de Kaï, les frères se concentrent une nouvelle fois, la planète grossit et dépasse les limites de la sphère. Le bleu des mers laisse place à celui des fleuves, les dessins naturels font place aux lignes plus structurées des aménagements humains. Champs, routes, voies ferrées défilent devant leurs yeux et soudain…
« Une ville ! s’exclame Kaï. Là ! dit-il en pointant du doigt. »

Les battements des percussions se font de plus en plus rapides, les cœurs de tous les hommes présents semblent prendre le même rythme. Bientôt les toits des immeubles sont visibles puis très proches et vite dépassés. La descente s’arrête, ils sont là devant lui, ils marchent, vaquent à leurs occupations, ils lui sont très semblables. Nat regarde aussi ces êtres à l’autre bout de l’univers puis se tournent vers son maître.
« Maître, qui sont-ils, où sommes-nous ?
- Ce sont nos frères Nat, nous sommes nés de la même poussière d’étoiles et il y a des millions d’années nos chemins se sont séparés, mais aussi fou que cela puisse paraître il semble que nous ayons suivi la même évolution. Ils sont à des milliards de quarx de nous tu sais. »
Nat tourne la tête vers la sphère et plisse les yeux pour se donner une meilleure idée de la distance qui les sépare.

Kaï s’approche de la sphère les bras en avant, il ferme les yeux et semble absorber l’énergie dégagée par la vision. Il marque une pause, puis recommence. Nouvelle pause.
« Non c’est impossible ! Je dois me tromper. »
Il s’approche un peu plus, ferme les yeux, prononce quelques mots à voix basse et recommence. Kaï se recroqueville petit à petit, l’espace autour de lui semble onduler. Nat a l’impression que son maître va absorber la sphère, la pièce et lui avec. Après un ultime effort Kaï relâche l’énergie, dans la pièce un claquement sec se fait entendre.
« Ils … ils n’ont aucun don, aucune force mentale, c’est impossible. Kaï est horrifié.
- Maître, maître ! interpelle l’un des frères maintenant la liaison. Je sens quelque chose d’autre dans l’espace.
- Montrez-moi ! ordonne Kaï essayant de reprendre le contrôle de son esprit. »
Le mouvement de la vision s’inverse, l’image de la ville disparaît, le processus de marche arrière donne le tournis à Nat qui manque de tomber, puis l’image de la planète bleue disparaît petit à petit, elle n’est plus qu’un point, son soleil rapetisse lui aussi. Arrêt sur image, le soleil n’est pas plus gros qu’une bille, sur la droite de la sphère apparaît un nuage gazeux verdâtre.
« Une nuée de Sheer !! murmure Kaï.
- Elle n’était pas là tout à l’heure maître, répond le frère.
- Se peut-il que nous les ayons attirés ?
- Malgré nos précautions, les déplacements d’énergie que nous effectuons ont peut-être été détectés.
- Alors les Sheer savent où ils sont. Ils se dirigent vers eux. Mais sans don ils ne peuvent se protéger. Ils sont perdus... ils sont perdus. »


Edit du 21/04/2008 : La suite ici !!